Traversée du Sahara à vélo (Maroc – Mauritanie)

Généralités

D’un point de vue des difficultés d’approvisionnement en eau et nourriture, on peut estimer que le Sahara débute à Guelmin (Maroc), et se termine à la frontière sénégalaise (Diama ou Rosso), soit environ 2000 kms.

Lors de mon voyage Lyon/Bissau Aller/retour à vélo de l’hiver 2023/2024, j’ai effectué 2 traversées du Sahara: une à l’aller (Janvier 2024), l’autre au retour (Mars/Avril 2024). Je n’ai utilisé aucune assistance, ni à l’aller , ni au retour.

Le parcours est le suivant:

Il y a peu de variantes possibles:

  • entre Tarfaya et Laâyoune plage (El Marsa) on peut utiliser la N1 au lieu de longer la côte, mais c’est nettement moins beau (j’ai parcouru les 2 itinéraires).
  • Il est possible d’éviter Dakhla; on évite ainsi un Aller/Retour de 80 kms; de plus, le secteur est très venté (vent d’Est) et rend le retour de la péninsule pénible. La ville elle-même est peu intéressante, même si le début de la péninsule est très joli (s’arrêter à la zone réservée aux camping-cars: voir Google Maps « PK25 Dakhla » ).
  • On peut aussi éviter Nouadhibou en Mauritanie; mais, à moins de faire du change à la douane (possible même si le cours est souvent 10% plus cher qu’aux distributeurs), c’est souvent un passage obligé. Le gite de Viktor et Tisch (découvert via IOverlander) est parfait; c’est une excellente mine d’information, surtout pour ceux qui désirent prendre le train minéralier vers Choum (gare intermédiaire du trajet Nouadhibou – Zouerate).
  • En Mauritanie, après Nouakchott, on peut rejoindre le Sénégal par la bonne piste de Diama (hors saison des pluies), ou par la route vers Rosso. Ayant testé les 2 itinéraires, il sont aussi beau l’un que l’autre: la piste de Diama a un caractère plus « lacustre », car elle longe le fleuve Sénégal. La route de Rosso est aussi très belle, avec un caractère très désert. Mais, à Diama, d’un point de vue paperasse, c’est plus simple.

Meilleure période

Novembre – Avril.
L’ayant parcouru en Janvier (1 – 21 Janvier) dans le sens Nord/Sud et en Mars/Avril ( 15 Mars – 7 Avril), je n’ai pas constaté de différences de températures notables entre ces 2 traversées. La température minimale était de l’ordre de 5°C (au matin) , la maxi 25°C (dans l’après-midi).

Temps de parcours

C’est le sens et la force du vent qui influence fortement le temps de parcours.
D’après les sahraouis, il y a surtout du vent fort en Février, Mars, Avril. C’est ce que j’ai constaté aussi.
En Janvier dans le sens Nord/Sud, j’ai eu peu de vent (sauf une journée de vent de Nord fort, ou j’ai pu parcourir 200 kms), et j’ai mis 21 jours de Guelmin à Diama (Sénégal), en passant par Dakhla.
En Mars/avril, j’ai eu un vent de Nord pendant quasiment tout le parcours (de 30/40 km/h), et j’ai mis 24 Jours de Rosso à Guelmin (en évitant Dakhla). De plus , j’ai essuyé 3 tempêtes de sables (dont 2 en Mauritanie).
Les transporteurs routiers interrogés comptent 20% de temps en plus pour le parcours Sud/Nord.

Etat des routes

De Guelmin à El Marsa (ou Laâyoune plage, au sud de Laâyoune), la route est une 2×2 voies. Au printemps 2024, il y avait encore de nombreuses portions en travaux, mais d’ici la fin de l’année, ca devrait être terminé. Pendant les travaux, j ai pu utiliser sans problème les portions encore interdites aux voitures.

Entre El Marsa et Guerguerat (frontière Maroc/Mauritanie), la route est une bonne 2 voies avec une bande d’arrêt d’ urgence large de 1.5m.

Le no man’s Land de 4 km entre les frontières marocaine et mauritanienne est toujours présent, dont 2 km de goudron et 2 km de piste . En Mauritanie, la route reste bonne, même si les nids de poule sont plus nombreux.  La bande d’arrêt d’urgence est un peu moins large.

Guelmin Porte du désert

Trafic

Le trafic est de quelques dizaines de véhicules à l’heure de Guelmin à Dakhla (essentiellement des camions et des 4×4), et  plus faible après.

En Mauritanie, le trafic est encore plus faible, mais jamais en dessous de 10 véhicules par heure. Il s’agit essentiellement de camions marocains qui approvisionnement les grandes villes mauritaniennes.

En cas de problème, les sahraouis s’arrêtent: il m’est arrivé de crever sur l’itinéraire. Sans rien demander, un pickup sahraoui avec ses dromadaires m’a aidé. Les locaux sont très hospitaliers. Ils s’arrêtent volontiers pour vous offrir une bouteille d’eau.

Au milieu des dunes

Dangers

Au Maroc :
Le Sahara marocain ne m’a pas semblé présenté de risques particuliers. La présence militaire est très forte, et les contrôles de police très nombreux ( pratiquement tous les jours).. Pour éviter les conflits avec le front Polisario (dont le siège est à Tindouf- Algérie) une double barrière militaire à été érigée: la première est celle de la la MINURSO( qui dépend de l’ ONU), la seconde, à quelques kilomètres, celle de l’armée marocaine 

Enfin, Il faut éviter de dormir sur les plages de Laâyoune (voir hébergements). Parfois,  la police fait déménager les touristes dans ce secteur, car il peut y avoir de nombreux migrants sub-sahariens essayant de rejoindre l’Europe via les Iles Canaries.
Vers Laâyoune, il y a une cabane de militaire tous les kilomètres le long de l’océan, en haut des falaises.

En Mauritanie :
Pas de danger particulier.

Tempête de sable en Mauritanie

Meilleure source d’information

l’application IOverlander sur smartphone est quasi-indispensable. Elle est très régulièrement mise à jour par les utilisateurs. Pratiquement 100% des information étaient correctes. C’est particulièrement utile pour trouver les stations-services et les boutiques, où on peut acheter de l’eau et de la nourriture

Pêcheur

Nourriture et eau

Au Maroc, on trouve une boutique ou une station-service pour acheter de l’eau et de la nourriture tous les 80/90 kms; en Mauritanie, tous les 45 kms.
Il y a peu de chance que ces stations services ou boutique ferment car elles sont très utilisées par les routiers marocains qui approvisionnement la Mauritanie. 
Les boutiques sont quasiment toutes renseignées sur IOverlander. Seules celles situées dans les villages de pêcheurs ne le sont pas. Mais ces villages sont quasiment tous à proximité d’une station-service (se renseigner dans les stations-service, et ne pas avoir peur d’aller dans ces villages qui ont tout des bidonvilles).
En Mauritanie, c’est plus facile, car il y a de nombreux villages dans le désert, on peut toujours demander de l’eau chez l’habitant. Au Maroc, la vie dans le Sahara se concentre dans de gros bourgs ou des grosses villes.

La règle que j’ai suivi à été la suivante:
Du Nord au Sud, prévoir 24h d’autonomie en eau et nourriture, soit, pour l’eau 5 litres environ. Le gros bidon de 5 litres est très économique: 12 dirhams (1.2€). Lors de mes 2 traversées, je n’ai jamais eu besoin de plus de 5 litres par 24h.

Du Sud au Nord, du fait des vents forts persistants, il est parfois impossible d’effectuer 80/90 kms dans la journée. Il vaut mieux prévoir une autonomie de 36h. C’est ce que j’ai fait.

Troupeau de chameaux en Mauritanie

Hébergement

Il est possible de faire du camping sauvage à peu prés partout sans risque. La seule zone où il fait être un peu prudent est les plages autour de Laâyoune, car les migrants qui essaient de se rendre en Europe via les îles Canaries, peuvent s y trouver . A mon retour du Sénégal, j’ai dormi quasiment tout le temps dans le désert,  en me cachant derrière une dune. Une fois ou 2 , ce fut impossible (vent fort ou relief peu favorable , car trop visible de tous),  alors j’ai dormi dans les stations services. Mais, elles sont bruyantes la nuit, car de nombreux routiers s’y arrêtent quelques heures pour dormir, et laissent leur camion frigorifiques en marche.

Personnellement, lors de ces 2 traversées, je n’ai rencontré aucun migrant, ni aucune personne hostile.

Note: il y a cependant de petits hôtels bon marché, que j’ai utilisés à l’aller dans les grosses villes de Sahara:
Au Maroc:
– Guelmin, Tan-Tan (bon camping), Laâyoune, El Marsa ( Laâyoune plage), Tarfaya , Boujdour, Dakhla.

Bivouac parmi les étoiles

Poste frontière Maroc/Mauritanie

En allant du Nord au Sud du Sahara, le poste frontière se situe à Guerguerat (Maroc). Il y a un hôtel, un restaurant, une boutique et un distributeur de billets marocains qui fonctionne (je l’ai testé).

La douane pour sortir du Maroc n’est pas très compliquées à vélo. Compter quand même minimum 30 minutes à 1 heure, car  même pour sortir du pays, les douaniers marocains sont très tatillons…. Et il suffit d’un africain en situation irrégulière devant vous pour que ça devienne très long…

Puis il faut parcourir 4 kms pour aller au poste mauritanien (2km de goudron et 2km de bonne piste). Le fameux cimetière de voitures semble s’amenuiser,  car j’ai vu beaucoup moins de vieilles carcasses à mon retour au printemps….

Puis vient la fameuse douane mauritanienne. Concrètement :

  • Sans passeur, le prix du visa (1 seul passage) est de 55 €, ou 550 dirhams.
  • Avec passeur, rajouter 30€ (10 pour le douanier + 20 pour le passeur).

On peut payer en dirhams marocains.

A Guerguerat, j’ai pris un passeur car je suis arrivé tard à la douane, et je n’ai pas fait trop gaffe. Le passeur te fait gagner du temps, c’est tout. Compter 30 à 45 mn avec passeur,  2 à 3 heures sans.

Note pour le sens Sud-Nord:
-Côté mauritanien, ça va vite: 30 minutes.
-Côté marocain, à Guerguerat,  bizarrement ce fut long. Les douaniers voulaient d’abord passer mon vélo au scanner,  comme ils le font pour les camions. Puis après de longs pourparlers avec leur hiérarchie,  ils ont finalement abandonnés l’idée. Durée totale: 1 bonne heure.

Camping au milieu de nulle part

Poste frontière Mauritanie/Sénégal

Diama: c’est la frontière généralement utilisée par les cyclistes qui se rendent au Sénégal.

Pas de problèmes particuliers. Rien à payer à la douane.  J’ai dû par contre payer 2 ou 3 euros pour emprunter la piste de Diama, car elle traverse un parc naturel payant (Parc national du Diawling).

Rosso : c’est la douane que j’ai utilisé au retour, donc dans le sens Sud -Nord.

 Du côté sénégalais, c’est assez tordu et un peu stressant car les douaniers te prennent le passeport à un endroit, pour te le rendre 300m plus loin. Tu crains alors de ne pas revoir ton passeport,  mais c’est un vrai douanier.

Puis, tu traverses le fleuve Sénégal sur un mini-ferry (capacité 2 semi remorques) sans payer dans un premier temps.

Arrivé du côté mauritanien, c’est bien le bazar. Comme les divers blogs le signalait, c’est plus compliqué qu’à Diama. Le tarif du passeport est bien le même (55 Euros ou l’équivalent en francs CFA).  Je n’ai pas vu de passeur mais il a fallu attendre 5h que le douanier veuille bien signer mon visa. Et encore, j’ai été gâté, les africains à mes côtés ont du encore attendre….

Je n’ai pas payer de bakchich, mais le prix du ferry (que tu paies une fois arrivée en Mauritanie) semble en faire office. Pour 10 minutes de bateau, j’ai payé 8€ (c’était 12€ au départ…).

A la frontière sénégalaise (côté Sénégal)

Budget

Le court de la vie est celui du Maroc. Compter 10€ par jour pour la nourriture.
Le matin, je déjeunais mon café/tartine bien français (on trouve du café, du pain, de la confiture dans toutes les boutiques) . A midi, c’était le traditionnel pain et sardines , et le soir c’était soit des pâtes quand je dormais dans la nature, soit soupe marocaine (harira) ou omelette dans les petits cafés ou restaurant de la route. Dans la plupart des cafés, on peut demander une omelette, ou mieux une omelette berbère ( avec tomate, oignons).

Encore une nuit au milieu de nulle part. Mais le caillou abrite du vent!

Divers

Animaux rencontrés: quelques souris dans les dunes ou les cabanes mauritaniennes, pas gênantes.

En Mauritanie
Contre le vent et le soleil, le maximum de protection n’est pas un luxe
Les belles falaises de la côte saharienne
Village de pêcheurs au Sud Maroc
Pause le long de la côte

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